Prévenir la démarque inconnue grâce à l’IA

26 avril 2026

Trente-quatre mille euros d’écart d’inventaire sur l’exercice, pour un grossiste alimentaire réalisant 22 millions d’euros de chiffre d’affaires avec trois entrepôts en libre-service. Le dirigeant l’a appris en mars, à la clôture, comme tous les ans. Aucune explication, aucun coupable, une ligne de plus dans le compte de résultat. L’IA pour la prévention de la démarque inconnue ne sert pas à désigner un responsable : elle sert à ne plus attendre onze mois pour apprendre qu’un problème existe.

Le vol n’explique jamais la totalité de l’écart

C’est la première surprise pour beaucoup de dirigeants. Dans les entreprises de distribution où ce poste a été décortiqué ligne à ligne, la part strictement administrative pèse souvent autant que le vol : réception validée sans comptage réel, palette facturée en 48 unités et livrée en 44, casse jetée sans saisie, produits frais démarqués en fin de journée sans passage en caisse, erreur de code entre deux références quasi identiques.

Sur un métier alimentaire, les ordres de grandeur habituellement évoqués tournent autour de 1 à 1,5 % du chiffre d’affaires. Un point de pourcentage. Sur beaucoup de références, c’est davantage que la marge nette.

Le réflexe classique consiste à ajouter des antivols et des rondes. Le réflexe utile consiste d’abord à savoir où la marchandise disparaît, et l’immense majorité des PME n’en a aucune idée avant d’avoir croisé leurs flux.

Croiser des flux que personne ne rapproche jamais

Le mécanisme est peu spectaculaire mais redoutablement efficace. On aligne quatre sources : les commandes fournisseurs, les réceptions physiques, les mouvements de stock et les ventes en caisse. Un modèle apprend le comportement normal de chaque référence, chaque jour, chaque site. Il signale ce qui s’en écarte.

Quelques exemples concrets de ce que remonte ce type de dispositif : une famille de produits dont le taux de casse déclaré double la semaine où un fournisseur a changé de conditionnement, un entrepôt où les annulations de ligne en caisse sont trois fois plus fréquentes le samedi après quinze heures, une référence dont le stock théorique et le stock compté divergent régulièrement de 6 à 8 % alors que ses voisines de rayon restent à 1 %.

Aucune de ces alertes ne prouve quoi que ce soit. Elles orientent un contrôle, ce qui est déjà beaucoup quand vous gérez neuf mille références et que vous ne pouvez inventorier que par sondage.

Chez le grossiste évoqué plus haut, la première anomalie sortie du lot n’était pas un vol. Un poste de caisse appliquait automatiquement un tarif professionnel obsolète à une gamme de boissons, depuis un changement de tarif mal répercuté. Quatorze mois de sous-facturation. Le montant récupérable était perdu, mais la fuite a été bouchée en une demi-journée.

Un sujet qui touche à des personnes, et qui se traite comme tel

Il faut être net là-dessus. Un système d’alerte sur les opérations de caisse produit inévitablement des signaux rattachables à des collaborateurs identifiables, et le glisser vers de la surveillance individuelle permanente est à la fois contre-productif et juridiquement casse-gueule.

Notre règle de travail est simple : les indicateurs sont suivis au niveau du poste, du site et de la plage horaire, pas au niveau nominatif ; l’accès aux détails est réservé à une ou deux personnes désignées et tracé ; toute suspicion passe par une procédure interne connue, avec information des représentants du personnel sur l’existence et la finalité du dispositif. Un faux positif traité comme une accusation coûte plus cher en climat social que la démarque qu’il prétendait éviter.

Nous refusons d’ailleurs les projets présentés d’emblée comme des outils de flicage. Ils échouent, systématiquement, parce que les équipes cessent de déclarer la casse et que les données se vident de leur substance.

Trois chantiers à mener avant de parler d’algorithme

Beaucoup de réseaux voudraient acheter un modèle prédictif alors que leur base produits contient encore des doublons et des unités de mesure incohérentes. Autant construire sur du sable.

Le premier chantier est la codification : une référence, un code, une unité, un poids. Le deuxième est la réception au scan, y compris pour les livraisons urgentes du vendredi soir, celles qui passent toujours à travers. Le troisième est la déclaration systématique de la casse et de la démarque connue, avec un motif choisi dans une liste courte de six ou sept entrées. Ces trois briques, à elles seules, font souvent reculer l’écart d’inventaire de plusieurs milliers d’euros avant qu’une seule ligne d’intelligence artificielle ne soit écrite.

C’est le même principe que pour le poste clients : avant d’automatiser une relance de facture par l’IA, encore faut-il que les conditions de règlement soient justes dans le système. L’outil amplifie ce qui existe, il ne le répare pas.

Combien ça coûte, en combien de temps

Pour une PME de distribution multisite, la mise en place tourne entre 12 000 et 30 000 euros selon l’état des systèmes existants, plus 400 à 1 000 euros mensuels d’exploitation. Le délai réaliste va de quatre à six mois, avec deux mois consacrés à la remise en ordre des données décrite plus haut.

Sur le retour attendu, restons prudents. Ce que nous constatons sur une première année se situe dans une fourchette de 20 à 35 % de réduction de l’écart, et l’essentiel provient de la partie administrative, pas de la lutte contre le vol. Personne ne ramène la démarque à zéro. Ceux qui le promettent vendent autre chose que ce dont vous avez besoin.

Un dernier point pour les dirigeants qui hésitent : ce chantier est un bon galop d’essai, parce que le résultat se lit dans un inventaire tournant au bout de quelques mois et pas dans une promesse abstraite. Les équipes de MINOBIA cadrent régulièrement ce type de projet avec des enseignes indépendantes, en commençant par une lecture de vos écarts existants pour vérifier que l’IA pour la prévention de la démarque inconnue a bien quelque chose à apporter dans votre cas. Nos autres travaux sur l’IA appliquée au commerce et à la distribution détaillent les usages voisins.

Questions fréquentes

Faut-il changer de logiciel de caisse ?

Rarement. Il faut surtout pouvoir en extraire le détail des opérations, y compris les annulations et les remises manuelles. Vérifiez ce point auprès de votre éditeur avant tout engagement.

Quelle taille faut-il pour que ce soit rentable ?

En dessous de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires et d’un seul site, un inventaire tournant bien mené fait presque aussi bien pour beaucoup moins cher.

Doit-on informer les salariés ?

Oui, sans hésitation, et informer aussi les représentants du personnel sur la finalité du dispositif. C’est une obligation de loyauté autant qu’une condition d’acceptation.

Combien d’alertes par semaine faut-il attendre ?

Calibrez pour en traiter cinq à dix, pas cinquante. Un système qui alerte en permanence finit ignoré, et c’est le mode de mort le plus fréquent de ces projets.

Peut-on démarrer sur un seul magasin ?

C’est même recommandé. Un site pilote pendant un trimestre permet de régler les seuils et de rassurer les équipes avant tout déploiement large.

Prêt à concrétiser votre projet IA ?

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À propos de l’auteur

Joël Obitz est entrepreneur et fondateur de MINOBIA, cabinet spécialisé dans l’intégration stratégique de l’intelligence artificielle au sein des PME et ETI. Fort de 20 ans d’expérience dans le B2B industriel, il accompagne les entreprises dans leur transformation numérique, avec une approche directe, pragmatique et orientée résultats.

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