Persan le matin, Pontault-Combault l’après-midi. Cent dix kilomètres, deux heures et demie de route, et deux économies qui n’ont pratiquement rien en commun : d’un côté un atelier de transformation du bois qui exporte peu et recrute mal, de l’autre une entreprise de nettoyage industriel de cent vingt salariés dont la moitié des contrats dépend de trois donneurs d’ordre logistiques. Un cabinet de conseil en intelligence artificielle en Île-de-France qui prétendrait appliquer la même recette aux deux se tromperait dès le premier rendez-vous.
Une région qui n’en est pas vraiment une
Huit départements, des tissus économiques sans point commun, et des contraintes qui changent tous les vingt kilomètres. Les Yvelines et le Val-d’Oise concentrent des sous-traitants industriels historiques, souvent familiaux, avec des dirigeants de deuxième ou troisième génération. La Seine-et-Marne combine logistique, agroalimentaire et bâtiment sur des surfaces que l’on ne trouve plus en petite couronne. Les Hauts-de-Seine alignent des sociétés de services dont la matière première est la donnée client. L’Essonne, où nous sommes installés, mélange les trois.
Cette diversité a une conséquence pratique. Les priorités ne se ressemblent pas. À Persan, la question portait sur la mémoire technique et le devis. À Pontault-Combault, elle portait sur les plannings d’équipes et sur la facturation d’interventions dispersées entre onze sites. Deux entreprises de taille comparable, deux chantiers sans rapport.
Il existe malgré tout un point commun régional, et il est moins réjouissant. La pression sur les salaires et la difficulté de recrutement poussent les dirigeants franciliens à chercher de la productivité administrative plus tôt que leurs homologues d’autres régions. Ce n’est pas une vertu, c’est une contrainte.
Les cinq formes que prend une mission
La plus fréquente est le cadrage. Deux à quatre demi-journées d’entretiens, une visite des postes de travail, un document d’une dizaine de pages qui dit ce qui mérite d’être automatisé, ce qui doit d’abord être réorganisé, et ce qu’il vaut mieux laisser tel quel. Une mission sur quatre s’arrête là, et nous considérons que c’est un résultat honnête.
Vient ensuite le déploiement, qui installe et paramètre un outil sur un périmètre délimité. Prospect’IA pour la qualification des contacts, Factur’IA pour le traitement des factures fournisseurs, MINO’BOARD pour le tableau de bord de direction. Quand une solution du marché répond mieux au besoin, nous la recommandons, y compris lorsque cela nous prive d’une ligne de facturation.
La troisième forme est la formation, en salle et dans les locaux de l’entreprise. La formation Initiation IA couvre le socle commun sans prérequis technique, le parcours Référent IA prépare la personne qui portera le sujet en interne. Le sujet est plus large que ce que le mot recouvre habituellement, comme nous l’expliquons dans notre article sur la formation à l’intelligence artificielle en entreprise.
La quatrième est l’assistance continue, quelques heures par mois, pour un référent interne qui avance seul et bute régulièrement. Format modeste, très utile, rarement demandé spontanément. La cinquième, enfin, est le second avis : un dirigeant a reçu une proposition d’un prestataire et veut un regard extérieur avant de signer. Une demi-journée, un avis écrit, aucune suite commerciale de notre part. Ce format représente une part croissante de ce que fait un cabinet de conseil en intelligence artificielle en Île-de-France, et il en dit long sur la confusion actuelle du marché.
Ce que nous n’acceptons pas
- Les missions sans référent interne identifié et réellement déchargé d’autre chose. Sans cette personne, l’outil est abandonné dans l’année.
- Les projets dont l’objectif affiché est la réduction d’effectifs. Ce n’est pas la promesse que nous portons devant les salariés que nous formons, et l’ambiguïté se paie en séance.
- Les secteurs dont nous ignorons les contraintes réglementaires. Nous orientons alors vers un confrère mieux placé plutôt que d’apprendre aux frais du client.
- Les engagements de résultat chiffrés avant d’avoir vu les données. Nous nous engageons sur une méthode et sur des points de contrôle, pas sur un pourcentage écrit à l’aveugle.
Ces refus tiennent en une phrase : nous préférons perdre une commande que livrer un projet qui ne survivra pas à notre départ.
La logistique, sujet moins anodin qu’il n’y paraît
Travailler à l’échelle régionale suppose d’arbitrer entre présence et distance. Notre règle est stable : les entretiens de diagnostic et les formations se tiennent sur site, tout le reste se traite à distance. Un diagnostic mené en visioconférence produit une description de l’entreprise telle que le dirigeant l’imagine, pas telle qu’elle fonctionne. Il faut voir les postes, les piles de papier, l’écran du poste de saisie et l’endroit où sont scotchés les mots de passe.
Conséquence financière : nous limitons volontairement le nombre de missions simultanées avec déplacements réguliers. Une entreprise située à une heure et demie de nos bureaux ne peut pas recevoir la même densité de suivi qu’un client d’Essonne, et nous le disons avant de signer plutôt qu’après. Sur les dossiers les plus éloignés, nous travaillons parfois avec un correspondant local pour les points intermédiaires.
Ce que nous constatons après plusieurs dizaines de missions franciliennes : les projets qui tiennent sont ceux où quelqu’un dans l’entreprise attend notre venue avec une liste de questions. Ceux qui échouent sont ceux où l’on nous accueille poliment.
Coûts, aides et ordres de grandeur
Un cadrage se compte en milliers d’euros, un déploiement de module en abonnement mensuel par utilisateur, une journée de formation au tarif habituel des organismes. Nous annonçons les montants avant le début de la mission et ils ne bougent pas en cours de route, ce qui suppose de définir précisément le périmètre au départ. Les dépassements viennent presque toujours d’un périmètre flou, jamais d’une difficulté technique imprévue.
Côté aides, le programme France Num, dont MINOBIA est activateur référencé, et le plan national Osez l’IA prennent en charge une partie des diagnostics. Bpifrance intervient sur les projets de transformation d’ensemble, les opérateurs de compétences sur le volet formation, et la région ouvre régulièrement des appels à projets ciblés. Les critères évoluent d’une année sur l’autre : nous aidons au montage des dossiers sans nous substituer aux organismes qui décident.
L’entreprise de nettoyage de Pontault-Combault a commencé par un cadrage, puis n’a rien fait pendant sept mois, le temps d’un changement de logiciel de paie. Elle a ensuite déployé un seul module, sur la facturation d’interventions. C’est une trajectoire banale et parfaitement raisonnable. Notre travail consiste à la rendre possible, pas à la précipiter. Si vous vous demandez laquelle de ces cinq formes de mission correspond à votre situation, un premier échange d’une trentaine de minutes avec l’équipe MINOBIA suffit généralement à trancher.
Questions fréquentes
Intervenez-vous dans toute l’Île-de-France ?
Oui, sur les huit départements, et au-delà pour les missions qui s’y prêtent. La fréquence des déplacements se cale sur la distance et se discute avant la signature.
Quelle taille d’entreprise accompagnez-vous ?
De la dizaine de salariés à environ deux cent cinquante. Au-delà, les organisations relèvent de cabinets structurés autrement, avec des équipes dédiées à la conduite du changement.
Peut-on vous demander uniquement un avis sur un devis reçu ?
Oui, c’est un format que nous pratiquons. Une demi-journée, un avis écrit, et aucune relance commerciale ensuite.
Faut-il déjà avoir un projet défini pour vous contacter ?
Non. La plupart des dirigeants appellent avec une gêne diffuse plutôt qu’un cahier des charges. Transformer cette gêne en périmètre fait partie du travail.
Vos modules sont-ils obligatoires dans une mission ?
Jamais. Plusieurs de nos clients n’en utilisent aucun et travaillent avec des outils choisis pendant le cadrage. Conseil et modules se commandent séparément.
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À propos de l’auteur
Joël Obitz est entrepreneur et fondateur de MINOBIA, cabinet spécialisé dans l’intégration stratégique de l’intelligence artificielle au sein des PME et ETI. Fort de 20 ans d’expérience dans le B2B industriel, il accompagne les entreprises dans leur transformation numérique, avec une approche directe, pragmatique et orientée résultats.
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